« L’ubérisation » ou de nouvelles règles de business

Plateformes de vente ou de mise en relation

  • 01/06/2017
  • CMAR Aquitaine

Des plateformes d’intermédiation entre clients et prestataires, il y en a dans tous les secteurs et de plus en plus : bâtiment (Mestravaux, Allô Voisins…), fabrication (A little market, Etsy...), services (Needze, FrizBiz... pour la coiffure), alimentation (Okadran, Pourdebon... pour la boucherie) ! Le mouvement s’accélère et semble inarrêtable en raison de l’engouement et des nouveaux modes de consommation. 
Elles favorisent de nouvelles formes de concurrence, peuvent être aliénantes et en même temps permettent une notoriété rapide et une source de développement non négligeable.
Comment réagir, comment s’adapter et comment profiter du phénomène qu’on appelle aujourd’hui « l’Ubérisation » ?

UN CADRE RÉGLEMENTAIRE EN DEVENIR... OU DÉPASSÉ ?

Si deux textes sont applicables, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes précise que si « les échanges caractérisant l’économie collaborative sont (...) assujettis à des règles qui relèvent essentiellement du droit civil, il n’existe pas aujourd’hui de cadre juridique spécifique applicable aux plateformes jouant le rôle d’intermédiaire entre des personnes physiques »
C’est bien cette faille qui permet à ces plateformes de prospérer. Au-delà de la concurrence déloyale, l’ubérisation est le révélateur d’autre chose. Les organisations professionnelles artisanales font toutes le même constat : « les règles sociales, fiscales et réglementaires ne correspondent plus aux entreprises. Uber ou pas, elles sont dépassées. Il faut changer de logiciel ». 
À terme, l’« ubérisation » pourrait-elle être le déclencheur d’un changement radical des taxations étouffant les TPE ? Peut-être, mais attention cependant à ce qu’elles n’y perdent pas leur identité.

QUALIFICATIONS : BROUILLAGE COMPLET

Mis à mal par des plateformes « fourre-tout », le concept d’artisanat semble en effet menacé ! Sur les sept « artisans » mis en avant lors du lancement de la boutique « Handmade » de la marketplace Amazon en septembre 2016, quatre seulement étaient réellement inscrits au répertoire des métiers (RM). 
Pour Amazon, le mot « artisanat » signifierait « que les produits doivent être entièrement fabriqués, modifiés ou assemblés à la main, par l’artisan lui-même, un de ses employés (si la société compte au maximum 20 employés) ou par un membre de son collectif constitué de moins de 100 personnes », pose Patrick Labarre, directeur de la marketplace Amazon France. Même flou artistique chez AlloMarcel (40 % de micro-entrepreneurs, 20 % d’artisans inscrits au RM et 40 % de PME non artisanales), chez BeeBoss (7 000 « talents », dont seulement 7 % environ inscrits au RM, lire ci-contre) ou encore chez « J’aime mon artisan », plateforme lancée par Baptiste Caspar, qui regroupe sous ce nom pourtant évocateur des artisans… et des PME non artisanales. 
Derrière cela, la vraie sélection des plateformes repose sur la notation des clients. « Notre algorithme privilégie les intervenants les mieux notés par leurs clients, et il vérifie aussi leur fiabilité (réactivité et ponctualité) », explique Sergine Dupuy (BeeBoss). La technologie pointue des plateformes joue le rôle d’intermédiaire de confiance ! La machine est plus « attentionnée » que l’homme en tant que tel… Et lui propose toujours plus de services.

UNE‭ ‬UBÉRISATION‭ ‬PROTÉIFORME

Les plateformes se targuent de « professionnaliser » les métiers, et parfois bien au-delà du trio réactivité-prix-confiance. « Nos artisans bénéficient de l’expertise e-commerce d’Amazon, avec accès à un tableau de bord et à certaines données (trafic, aperçu des ventes, comparaisons…) », détaille Patrick Labarre (Amazon). Nous apportons des devis normalisés, nous sommes derrière les artisans pour l’organisation : la partie rendez-vous, un rappel la veille et tout le suivi jusqu’à la fin du chantier », surenchérit Solenne Xavier d’AlloMarcel, qui affiche un taux de satisfaction client de 98 %. Dans dix ans, je voudrais développer une offre à part pour les artisans, avec davantage de soutien car beaucoup de choses pourraient être mutualisées : la comptabilité, le secrétariat… »

LES PARADES ARTISANALES

Si l’on décide de voir le verre « à moitié plein », l’« ubérisation » peut aussi être observée comme un nouveau mot définissant le mouvement naturel de la concurrence, aussi âpre soit-elle. N’est-ce pas là le moyen, en dehors des combats légitimes à mener sur le plan réglementaire et juridique, de se remettre en question et de progresser ?
À la FFB (Fédération française du bâtiment), un groupe de travail se réunit tous les deux mois sur le sujet. La FFB a ainsi mis en place GPS artisan. Selon ses promoteurs « c’est un outil qui propose 12 destinations incontournables pour gérer, manager, trouver des marchés et faire face aux difficultés (logiciels, documents types, bonnes pratiques...). »
De son côté la Capeb a lancé la plateforme Batidevis qui est en phase de test depuis un an.
Selon ses responsables « Nous travaillons plus particulièrement sur la qualification du client particulier, sur le nombre d’artisans à qui les envoyer, sur la réactivité de l’artisan et sur le modèle économique. Il s’agit de s’organiser avec les moyens d’aujourd’hui pour être performants sans se faire vampiriser, comme certains artisans par les grandes surfaces de bricolage ».

Les métiers d’art aussi s’emparent du sujet

Les plateformes existantes « ne correspondent pas à l’identité de nos entreprises : transformation de la matière et fabrication intégrale sans sous-traitance avec des savoir-faire d’excellence et une dimension de création », affirme AudeTahon, présidente d’Ateliers d’art de France. C’est pour cela qu’une plateforme d’e-commerce, à l’image du concept-store « Empreintes » ouvert en septembre 2016, démarrera l’été 2017 sur la base de notre parfaite connaissance de nos ateliers, de nos logistiques d’expédition, de la gestion de nos stocks. La plateforme et le magasin, qui a soulevé un engouement international sont les clés de notre développement économique ».

Nombreux sont aussi les artisans qui, individuellement, se saisissent des opportunités offertes par les plateformes

Éric Hovsepian (fromager en Ile-de-France) vend ainsi depuis septembre ses fromages sur la plateforme « Tentation Fromage » ; il croit à la synergie entre le commerce physique et cet autre canal, dématérialisé, qu’est la plateforme. « L’un ne va pas tuer l’autre ; une complémentarité va se créer, mais sous quelle forme ? » Les plateformes ressentent d’ailleurs le besoin d’être incarnées physiquement ; AlloMarcel a ouvert un espace qui accueille artisans et clients à Paris. Même Amazon s’y est mis en créant fin 2016 aux États-Unis un supermarché alimentaire à taille humaine, de proximité. Avec quand même, toujours, une longueur technologique d’avance : sans attente, sans paiement et sans caisse…

ATTENTION AUX REVENUS : VERS PLUS DE CONTRÔLE

Un décret relatif à l’obligation d’information en matière fiscale et de prélèvements sociaux des utilisateurs de plateformes de mise en relation par voie électronique est paru récemment (Journal Officiel du 2 février 2017). Il précise leurs obligations « quant aux obligations fiscales et sociales résultant de la vente d’un bien, de la prestation d’un service ou de l’échange ou du partage d’un bien ou d’un service. » Il définit le contenu du document récapitulatif que les plateformes doivent envoyer chaque année à leurs utilisateurs. Par ailleurs, un amendement au projet de loi de finances rectificative 2016 oblige les plateformes de vente ou de partage de biens ou de services à une déclaration automatique au fisc des revenus de leurs utilisateurs. Cette obligation entrera en vigueur à partir de 2019. Des études récentes ont évalué à 28 milliards d’euros le montant total des transactions en Europe dans les principaux secteurs de l’économie collaborative, un montant qui pourrait être multiplié par vingt en dix ans.

LE RÉFLEXE CMA
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* L’observatoire de l’Uberisation

Dossier réalisé avec l’aimable soutien des journalistes dU Monde des Artisans