Témoignages

L’apprentissage, ça rapporte ?

  • 07/04/2015
  • CMAR Aquitaine
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Qu’ils soient boulangers, bouchers, mécaniciens ou bien coiffeurs, ils forment des apprentis depuis des années ou pour la première fois : ils nous délivrent leur expérience.

 
Alain Lanneau, Boulangerie La Renaissance du Pain à Ambarès-et-Lagrave (33) : «  La première motivation d’un artisan est la transmission de son savoir-faire  »

Pourquoi recruter un ou des apprenti(s) ? « La première motivation d’un artisan est la transmission de son savoir-faire, la seconde motivation de l’employeur est le coût, puisque l’apprentissage nous permet de recruter une main-d’œuvre qui, pour peu qu’elle soit stimulée, est efficace, sans en supporter seul la charge », répond Alain Lanneau, boulanger. Deux apprentis sont actuellement en poste dans son entreprise. « Pour recruter, je passe un coup de fil au CFA car ils ont toujours des candidats à placer, il arrive aussi que les jeunes nous démarchent », explique le boulanger. Comme la mission du maître d’apprentissage est chronophage, le boulanger préfère la déléguer, tout au moins en partie. Jonathan Hermelin, le chef pâtissier, accompagne donc les jeunes gens au cours de leur formation. « Je m’occupe de l’apprenti boulanger pour la partie viennoiserie et je manage le jeune pâtissier qui prépare un brevet technique des métiers », précise-t-il. Ici, l’apprenti en BTM est considéré comme un véritable ouvrier car le niveau est assez élevé et la formation exige un travail personnel important. Le chef pâtissier, âgé de 24 ans, entretient des liens étroits avec le CFA Insav (Institut des Saveurs) à Bordeaux-Lac. « Il me semble important d’échanger avec les formateurs et de m’impliquer dans le cursus que les apprentis suivent pour être en phase », commente Jonathan Hermelin. Il devrait d’ailleurs participer prochainement aux sessions d’examens en tant que professionnel. Au final, pour lui, la plus grosse difficulté tient au management des personnalités. « Nous ne fonctionnons pas tous de la même manière, il faut donc passer du temps à écouter, à gérer les légers désaccords, à motiver », confie-t-il. Pour autant, le jeune chef semble savoir manager ses troupes et s’efforce de leur montrer qu’il est possible de réussir et, pourquoi pas, plus tard, de créer sa propre entreprise… pour recruter à leur tour des apprentis ?

Jean-Luc Médail, boucher (47) : « Former un apprenti, c’est un plus pour l’entreprise  »

Jean-Luc Médail, artisan boucher à Damazan, après s’être forgé une belle expérience professionnelle en qualité de salarié dans différentes entreprises, reprend en 1996 la boucherie du village dans laquelle il avait effectué son apprentissage. Pendant 16 années, il œuvre dans son laboratoire sans jamais avoir recours à l’apprentissage. Il nous explique : « Mon laboratoire était exigu et peu fonctionnel et j’avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir transmettre et avoir la patience nécessaire ». Puis, au printemps 2013, Romain, un jeune collégien, se présente dans son entreprise pour effectuer un stage de découverte du métier. Notre boucher avoue que le courant est passé tout de suite. « J’ai trouvé ce jeune garçon à l’écoute, intéressé et anticipatif. Après deux-trois jours dans le labo, il voyait ce qu’il y avait à faire. »  Pour Jean-Luc, l’anticipation est le critère de recrutement le plus important. Deux mois après le stage, le contrat d’apprentissage est signé. Aujourd’hui, l’artisan boucher est affirmatif : « Former un apprenti, c’est un plus pour l’entreprise ». D’emblée, lorsque Romain est arrivé dans l’entreprise, il a voulu lui donner toutes les bases du métier pour qu’il progresse le plus rapidement possible. Il explique : « J’ai pris du temps pour le former mais aujourd’hui, j’avoue que j’y gagne ». Le retour sur investissement est réel et notre boucher ne souhaite pas se séparer de son apprenti de sitôt. Après le CAP, Romain poursuivra par une formation complémentaire dans la boucherie damazanaise et, pourquoi pas, si affinité professionnelle, poursuivre en qualité de salarié et peut-être reprendre la boucherie quand l’heure de la retraite pointera le bout de son nez pour Jean-Luc.

Sandrine Chabaneix, coiffeuse à Ribérac (24) : « L’apprentissage est la formule idéale pour recruter  »

Créé en mai  2013, le salon de coiffure « Comme dans un cocon » accueille sa première apprentie dès le mois de juillet 2014. « J’ai été moi-même apprentie, il est donc logique de prendre à mon tour une apprentie et de lui faire découvrir le métier », explique Sandrine Chabaneix. La coiffeuse, qui n’aurait pas pu recruter un salarié au démarrage de son activité, n’a pas hésité. « L’apprentissage est la formule idéale, d’autant que le rythme permet à l’apprentie de passer deux tiers de son temps au salon et un tiers à l’école », ajoute-t-elle. La Chambre de métiers lui a proposé son aide pour recruter, mais Sandrine Chabaneix a préféré se laisser séduire par une candidature spontanée. « Il me semble que la démarche prouve la motivation du jeune », estime-t-elle. La jeune fille qu’elle a choisie s’est présentée avec son CV relatant son parcours scolaire et une lettre de motivation. Son âge, son parcours un peu atypique ont convaincu la chef d’entreprise. « À 18 ans, elle est plus mature qu’une adolescente et elle avait déjà cherché un maître d’apprentissage sans succès pour se former à la coiffure, son acharnement m’a touchée », raconte encore l’artisane. Depuis, Sandrine Chabaneix est satisfaite. Elle partage son savoir-faire et sa passion du métier avec la jeune femme. Elle entretient de bons contacts avec le CFA et s’efforce d’approfondir au salon les techniques apprises pendant les cours. « Il n’est pas toujours facile de concilier les deux pans de la formation, mais le plus important est qu’elle acquiert les bases et commence à appréhender une certaine gestuelle pour développer sa propre technique », précise la coiffeuse. Il n’empêche, l’expérience est positive. Le temps passé et l’engagement du maître d’apprentissage ne comptent guère au regard du partage d’expérience et de la présence d’une apprentie dans le salon. D’ailleurs, la coiffeuse envisage de recourir encore à l’apprentissage dans les années à venir.

Frédéric Toulou, mécanicien auto à Poey de Lescar (64) : «  Ma plus belle récompense sera son diplôme  »

Lorsqu’il parle de « son » apprentie, Julie Gorce, sur le point de passer son Bac pro de mécanique auto, le gérant du garage du Miey ne tarit pas d’éloges. « Je suis fier de Julie car elle est très volontaire, je peux lui confier de multiples tâches, elle les exécute avec soin, mais ma plus belle récompense serait qu’elle décroche son Bac », glisse celui qui n’a pas hésité à faire confiance à une jeune fille pour occuper une fonction habituellement réservée à des hommes. Bien sûr, le quotidien n’est pas toujours rose. Le maître d’apprentissage doit guider et encadrer. Parfois, il faut même « recadrer » les objectifs, rappeler le temps dévolu à réaliser une opération d’entretien, etc. Mais, dans l’ensemble, l’artisan est satisfait de l’expérience. Il aime son rôle de passeur de savoir-faire. « J’ai souvent eu des apprentis dans mon équipe lorsque j’étais salarié, il était naturel pour moi de continuer en tant que chef d’entreprise », explique Frédéric Toulou. Le métier doit perdurer, pas question donc de ne pas participer à la formation des jeunes générations. D’autant que, pour l’artisan, la formation initiale dispensée dans les lycées est insuffisante. « Elle ne consacre pas assez de temps aux travaux en atelier. Résultat : les jeunes qui sortent avec un Bac pro en poche ne savent pas travailler », regrette-t-il. Au contraire, en mariant avec justesse pratique et théorie, l’apprentissage apparaît comme un bon tremplin. « De l’embrayage à la distribution, en passant par les freins, Julie sait tout faire », affirme Frédéric  Toulou. Recrutée après avoir effectué un stage d’observation au cours de sa 3e dans le garage du Miey, Julie s’est découvert une vocation pour la mécanique. Et a été conquise par la spécialité de son patron, qui aménage des véhicules dédiés
aux personnes souffrant de handicap. Seul bémol, le rythme de l’alternance : une semaine en CFA/une semaine en entreprise suppose une gestion rigoureuse du temps.